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mardi, 20 octobre 2026 12:19

Cerema : des ambitions pour les territoires, mais toujours moins de moyens!

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unsa ceremaDéclaration UNSA au Conseil d’Administration du 20 octobre 2026

 

À l’occasion de cette séance, l’UNSA alerte sur les conséquences des réductions d’effectifs et des restrictions budgétaires qui fragilisent progressivement le Cerema. Suppressions de postes, arrêt brutal de projets, non-renouvellement d’agents en CDD, nouvelle réorganisation : autant de décisions qui suscitent de vives inquiétudes pour les personnels, les conditions de travail et la continuité des missions de service public.

Alors que les besoins des territoires face au changement climatique ne cessent de croître, affaiblir le Cerema revient à réduire les moyens d’agir. L’UNSA appelle les administrateurs et la direction à prendre pleinement la mesure de ces enjeux et à garantir à l’établissement les moyens humains et financiers nécessaires à ses missions.

 

 

 

Madame la Présidente,

Monsieur le Directeur général,

Mesdames et Messieurs les administrateurs,

 

L’UNSA ouvre cette séance au nom des agentes et des agents du Cerema, avec une préoccupation centrale : comment répondre aux besoins croissants de nos territoires si l’on continue d’affaiblir l’un des établissements publics chargés de les accompagner ?

1. Climat et moyens du Cerema : un décalage devenu intenable

Nous sortons d’un été historique, marqué par plusieurs vagues de chaleur successives entre juin et août. Avec une température moyenne de 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus des normales, l’été 2026 serait le plus chaud jamais mesuré en France. Les records de chaleur, les incendies et les conséquences sanitaires illustrent une réalité que nous ne pouvons plus traiter comme une perspective lointaine.

Le coût humain est considérable. Près de 8 000 décès en excès ont été estimés sur l’ensemble de l’été, selon les premières données sanitaires disponibles. Et Météo-France nous alerte : dans une France réchauffée de 4 °C, trajectoire de référence retenue par le pays, un été de cette nature pourrait devenir ordinaire.

Le climat de demain n’est plus une hypothèse. C’est déjà notre réalité.

Dans ce contexte, le Premier ministre s’était engagé cet été à préserver les moyens de l’Écologie. On connait la chanson : les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ! Le projet de budget pour 2027 prévoit en effet la suppression de 126 postes dans les services du ministère et de 238 postes dans ses établissements publics. Le Cerema serait particulièrement touché, avec 60 ETP supprimés.

Cette décision ne peut pas être considérée isolément. Depuis sa création, le Cerema a subi une réduction cumulée de 693 ETP et sa subvention pour charges de service public a subi une érosion continue.

Il y a là une contradiction manifeste entre, d’un côté, les besoins des territoires et les engagements affichés pour lutter contre le réchauffement climatique et s’adapter à ses conséquences, et, de l’autre, les moyens réellement accordés à ceux qui agissent.

Or, agir pour le climat, ce n’est pas seulement s’adapter aux conséquences du réchauffement : c’est aussi tout mettre en œuvre pour le limiter. Réduire les émissions de gaz à effet de serre, transformer les mobilités, améliorer la performance énergétique des bâtiments, prévenir les risques et adapter les infrastructures : autant de défis qui nécessitent une ingénierie publique solide et des compétences durables.

L’adaptation n’est pas une dépense accessoire : c’est un investissement. Et la réduction des émissions est tout aussi indispensable pour limiter l’ampleur des bouleversements auxquels nous devrons faire face.

Les ingénieurs, les techniciens et les experts du Cerema accompagnent les acteurs publics pour prévenir les risques, réduire les émissions, adapter les infrastructures et orienter les investissements vers les solutions les plus pertinentes.

Supprimer 60 ETP au Cerema, ce n’est pas seulement réduire une ligne budgétaire. C’est réduire la capacité d’action publique au moment même où les besoins explosent.

 

2. La transition écologique ne doit pas creuser les inégalités

La crise climatique est aussi une question sociale.

Le coût de l’énergie pèse lourdement sur les ménages, en particulier les plus modestes, qu’il s’agisse des déplacements domicile-travail ou du chauffage de logements mal isolés.

Face au dérèglement climatique, tout le monde n’a pas les mêmes moyens de se protéger.

D’un côté, celles et ceux qui peuvent habiter à proximité de leur lieu de travail, télétravailler, rénover leur logement, installer une pompe à chaleur ou une climatisation, acquérir un véhicule moins polluant. De l’autre, celles et ceux qui n’ont pas d’autre alternative que d’utiliser leur vieille voiture thermique pour aller travailler et qui subissent le froid l’hiver comme les fortes chaleurs l’été dans un logement mal isolé.

Les uns ont les moyens de s’adapter. Les autres subissent de plein fouet les effets conjugués des crises climatique et énergétique.

Une transition écologique qui ne donne pas à chacun les moyens de s’adapter risque de devenir une transition à deux vitesses.

C’est précisément pourquoi l’ingénierie publique est indispensable. En accompagnant les collectivités dans leurs choix, en éclairant leurs investissements et en diffusant des solutions adaptées aux réalités locales, le Cerema contribue à faire de l’adaptation une politique accessible à tous, et pas seulement à ceux qui en ont les moyens.

Affaiblir cet outil public, c’est prendre le risque d’aggraver encore les inégalités territoriales et la fracture sociale.

 

3. Administrateurs : votre responsabilité est engagée

Mesdames et Messieurs les administrateurs, cette trajectoire n’est pas une fatalité. Les décisions budgétaires se prennent ailleurs, mais votre responsabilité ne s’arrête pas aux portes de cette salle. Vous avez une voix et vous pouvez la faire entendre.

Aux représentants de l’État, nous demandons de porter auprès du ministère de l’Écologie et du ministère chargé du Budget deux exigences : le retrait de la suppression des 60 ETP et le rebasage de la subvention pour charges de service public du Cerema, avant que le Parlement ne se prononce sur le budget.

Aux représentants des collectivités territoriales, nous demandons de faire entendre, auprès des parlementaires et de vos associations d’élus, les conséquences concrètes de ces suppressions pour vos territoires : moins d’expertise disponible, moins de capacité d’accompagnement et à terme, des choix d’investissement plus difficiles à sécuriser.

Un établissement dont dépend la capacité du pays à s’adapter au changement climatique ne peut pas être l’un de ceux que l’on affaiblit en premier.

Nous comptons sur vous.

 

4. Une nouvelle réorganisation qui suscite des inquiétudes

C’est dans ce contexte, Monsieur le Directeur général, que votre dernier message aux agents, à la suite du webinaire du 28 septembre, annonce cinq chantiers structurants et une feuille de route attendue d’ici à la fin de l’année.

Nous prenons acte de votre reconnaissance des inquiétudes suscitées par cette annonce et de votre engagement en faveur de la transparence et du dialogue social.

Mais ces engagements devront se traduire concrètement.

Après la réorganisation de grande ampleur Cerema’venir, menée entre 2018 et 2023, les agents ont besoin de stabilité, de visibilité et de garanties. Or, vous inscrivez cette nouvelle démarche dans un cadre que vous qualifiez vous-même de « particulièrement contraint ».

Dans ces conditions, les termes de «rationalisation», de «simplification» ou de «productivité» suscitent légitimement des interrogations. Derrière ces mots, les agents craignent de nouvelles suppressions de postes, des abandons de missions, une dégradation des conditions de travail, voire des fermetures de sites. Quels sont les objectifs précis de ces cinq chantiers ? Quels changements sont envisagés pour les missions, les effectifs et l’organisation territoriale ? Quelle place sera accordée aux agents et à leurs représentants dans leur élaboration et leur mise en œuvre ?

Ces inquiétudes sont d’autant plus fortes que nous constatons déjà l’arrêt brutal de certains projets, parfois engagés depuis plusieurs mois, sans que les agents concernés disposent toujours d’une visibilité suffisante sur les raisons de ces décisions, leurs conséquences et les suites envisagées.

Derrière l’arrêt d’un projet, il y a du travail réalisé, des compétences mobilisées, des partenariats construits et des engagements pris auprès de nos interlocuteurs. Interrompre ces actions sans explication claire ni perspective de continuité, c’est risquer de fragiliser la confiance de nos partenaires, de démobiliser les équipes et de perdre le bénéfice des investissements humains et techniques déjà consentis.

Le dialogue social ne peut pas se limiter à informer les personnels de décisions déjà prises. Il doit permettre de discuter des orientations, de leurs conséquences et des alternatives possibles.

 

5. Budget rectificatif : des économies qui pèsent sur les agents et les missions

Le budget rectificatif n° 2 fait apparaître une amélioration du résultat prévisionnel, qui passe de –30,7 à –19,8 millions d’euros. Mais cette évolution repose en partie sur des éléments ponctuels et ne suffit pas à démontrer un redressement durable de la situation financière de l’établissement. Dans le même temps, les effectifs continuent de diminuer et les dépenses de fonctionnement courant sont à nouveau réduites, de 2,3 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 3,2 millions d’euros en crédits de paiement.

A force de réduire les moyens de fonctionnement, on finit par dégrader l’outil de travail.

Pour les agents, ces restrictions se traduisent par des déplacements limités, y compris pour les formations et les journées techniques, et par un recours de plus en plus systématique à la visioconférence.

Or, le présentiel est essentiel à la vie collective du Cerema : il favorise les échanges, le partage d’expériences, la transmission des savoirs et la coopération entre équipes. Réduire ces occasions, c’est fragiliser le travail en réseau, le maintien des compétences et, à terme, la qualité des missions accomplies.

Nous regrettons que les économies soient décidées selon une logique comptable, sans prise en compte de leurs conséquences humaines et professionnelles. Une économie à court terme peut entraîner une perte de compétences et une dégradation du service rendu à long terme.

Nous demandons donc que les choix budgétaires prennent pleinement en compte leurs effets sur les conditions de travail, la santé des agents et la qualité du service public.

 

Le Cerema ne pourra pas relever les défis qui lui sont confiés en demandant toujours davantage à des équipes auxquelles on donne toujours moins de moyens.

Le Cerema ne peut pas être à la fois un outil dont les territoires ont besoin pour faire face au changement climatique et un établissement dont on réduit continuellement les moyens.

Défendre les moyens du Cerema, c’est défendre la capacité de nos territoires à s’adapter, la qualité du service public et l’égalité entre les citoyens.

 

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